Rencontre nocturne


Uncategorized / mardi, novembre 13th, 2018

Ce soir là, était un soir comme un autre.

Elle était allée dîner avec des amis et elle avait décidé de rentrer en métro. Elle avait fait un changement à la station Madeleine, et avait couru dans les couloirs pour attraper le second métro, puis avait finalement réussi à monter dans la rame de la ligne 8 qui devait la conduire chez elle.

Elle descendit à sa station, et monta les marches une à une enfin de sortir des souterrains.

C’est là, à la dernière marche, qu’elle se retrouva confrontée à la nuit, la nuit noire, celle qui vous glace le sang. Surmontant sa première appréhension, elle continua néanmoins son chemin jusqu’à chez elle. Elle emprunta les rues habituelles et rassurantes avec lesquelles elle était familière en journée.

Néanmoins, ce n’était plus la journée, et ses rues n’avaient plus grand chose de rassurant une fois la nuit tombée et le bruit des voitures estompé.

Alors qu’elle passait le carrefour pour tourner à droite dans la seconde rue devant la ramener chez elle, elle sentit une présence. Non pas une présence familière, mais une présence inhabituelle au contraire, quelque chose de dérangeant.

Il lui sembla qu’un homme marchait derrière elle, et ce, depuis un certain moment. Depuis combien de temps était t’il là ? La suivait t’elle depuis sa sortie du métro, ou encore bien avant ?

Le vide des rues qu’elle arpentait lui sauta alors aux yeux, comme une révélation. Les lumières des cafés et des bars s’étaient éteintes, le théâtre avait fermé ses portes, les gens étaient rentrés chez eux.

Elle était seule, enfin presque seule. Il était là lui aussi… Elle n’avait aucune échappatoire.

L’angoisse commença à monter en elle, lui arriverait t’il la même chose qu’il y a maintenant deux années ?

Elle tenta de se ressaisir, de se rassurer, elle n’était plus qu’à deux petites minutes de chez elle, il lui suffisait d’accélérer le pas pour rentrer plus vite. C’était aussi simple que cela.

L’homme accéléra aussi le pas. Le danger se rapprochait.

Lui revint alors en mémoire ce qu’il s’était passé il y a deux ans, ce jour là où cet homme d’apparence avenante l’avait abordé pour lui demander du feu. Elle était alors à la lisière de la porte de son immeuble, sur le point de rentrer chez elle. C’était également une journée normale, elle rentrait du sport, elle n’était pas maquillée et pas habillée de manière coquette.

Elle lui avait répondu qu’elle ne fumait pas, ce à quoi l’homme avait murmuré dommage. il avait alors fait mine de partir. Quelques secondes après, il s’était toutefois glissé derrière elle, l’avait saisi au col, et l’avait plaqué contre un mur. Il avait commencé à descendre sa main de son ventre à son sexe. Il lui avait murmuré qu’il avait un couteau et qu’il pouvait s’en servir à tout moment.

Elle avait senti ses doigts s’insérer sous son jean, et descendre et descendre. L’inévitable se produisait, ce qu’elle avait toujours redouté et qu’elle pensait n’arriver qu’aux autres. Elle se demandait comment elle arriverait à s’en remettre, comment on pouvait se reconstruire après que son intimité ait été violée, après avoir senti la honte de n’avoir pas su réagir, d’avoir été une victime aussi faible que les autres.

Si on pouvait un jour se remettre du choc provoqué par la violence, par sa soudaineté, par la brutalité de voir son quotidien paisible bouleversé, renversé, piétiné. Par le fait de ne plus jamais se sentir en sécurité. De ne plus jamais sentir que votre corps vous appartient, mais qu’au contraire il appartient à un autre, qui l’a saisi et s’en est emparé sans que vous ayez donné votre accord, comme s’il s’agissait d’une simple chose qu’on pouvait voler.

Si dans un tel cas il ne valait pas mieux mourir après.

Puis quelqu’un était entré et elle avait eu un moment de répit pour se dégager. Elle était sortie de l’immeuble et avait couru de toutes ses forces, comme elle n’avait jamais couru. Elle avait couru jusqu’à n’en plus pouvoir, sans réfléchir, poussée par une force plus forte qu’elle.

Elle avait échappé au pire et avait décidé d’oublier. Jusqu’à ce soir.

Elle se retourna l’homme était toujours là derrière elle, alors même qu’elle allait s’engager dans la rue où elle habitait. Que devait t’elle faire s’engager dans ce cul de sac ou reculer ? Tout était fermé, avait t’elle vraiment le choix.

Elle s’avança et se mit à courir pour prendre cette rue comme si sa vie en dépendait, comme elle avait couru il y a deux ans. Jusqu’à n’avoir plus de souffle, jusqu’à ne plus voir ce qui l’entourait.

C’est alors que haletante, sur le pas de la porte elle s’arrêta, et se retourna.

L’homme avait tourné à la rue d’avant.

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